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dimanche 25 août 2013

Breakfast at Tiffany's - Truman Capote


« And I swear, it never crossed my mind about Holly. You can love somebody without it being like that. You keep them a stranger, a stranger who’s a friend. »

« It was a warm evening, nearly summer, and she wore a slim cool black dress, black sandals, a pearl choker. For all her chi thinness, she had an almost breakfast-cereal air of health, a soap and lemon cleanness, a rough pink darkening in the cheeks. Her mouth was large, her nose upturned. A pair of dark glasses blotted out of her eyes. It was a face beyond childhood, yet this side of belonging to a woman. I thought her anywhere between sixteen and thirty ; as it turned out, sha was shy two months of her nineteenth birthday. »

« They were large eyes, a little blue, a little green, dotted with bits of brown : vari-coloured, like her hair ; and, like her hair, they gave out a lively warm light. ‘I suppose you think I’m very brazen. Or très fou. »

« I can’t get excited by a man until he’s forty-two. I know this idiot girl who keeps telling me I ought to go to a head-shrinker ; she says I have a father complex. Which is so much merde. I simply trained myself to like older men, and it was the smartest thing I ever did. »

« I don’t want to own anything until I know I’ve found the place where me and things belong together. »

« it’s tacky to wear diamonds before you’re forty. »

« She was well over six feet, taller than most men there. They straightened their spines, sucked in their stomachs ; there was a general contest to match her swaying height. »

« Theys ay the more stupid you are the braver. »

« Her bedroom was consistent with her parlour : it perpetuated the same camping-out atmosphere ; crates and suitcases, everything packed and ready to go, like the belongings of a criminal who feels the law not far. »

« Holly and libraries were not an easy association to make. »

« Mille tendresses »

« I wondered what his name was, for I was certain he had one now, certain he’s arrived somewhere he belonged. African hut or whatever, I hope Holly has, too. »

Breakfast at Tiffany’s – Truman Capote

« How do you feel if you’re in love ? she asked. Ah, said Rosita with swooning eyes, you feel as though pepper has been sprinkled on your heart, as though tiny fish are swimming in your veins. »

« He was a ginger colour, his skin shiny as a lemon, smooth as a guava leaf, and the tilt of his head was as arrogant as the black and scarlet bird he held in his hands. Ottilie was used to boldly smiling at men ; but now her smile was fragmentary, it clung to her lips like cake crumbs. »

« Royal’s house was like a house of flowers ; wistaria sheltered the roof, a crutain of vines shaded the windows, lilies bloomed at the door. »

House of flowers – Truman Capote

« His voice with its Cuban accent was soft and sweet as a banana. »

« To be alive was to remember brown rivers where the fish run, and sunlight on a lady’s hair. »

A Diamond Guitar – Truman Capote

« Imagine a morning in late November. »

« Tomorrow the kind of work I like best begins : buying. Cherries and citron, ginger and vanilla and canned Hawaiian pineapple, rinds and raisins and walnuts and whisky and oh, so much flour, butter, so many eggs, spices, flavourings : why, we’ll need a pony to pull the buggy home. »

« They call him Haha because he’s so gloomy, a man who never laughs. »

« ‘My, how foolish I am !’ my friend cries, suddenly alert, like a woman remembering too late she has biscuits in the oven. »

A Christmas Memory – Truman Capote

samedi 24 août 2013

Si c'est un homme - Primo Levi

« Beaucoup d’entre nous, individus ou peuples, sont à la merci de cette idée, consciente ou inconsciente, que ‘l’étranger, c’est l’ennemi’. »

" J'avais été fait prisonnier par la Milice fasciste le 13 décembre 1943. J'avais vingt-quatre ans, peu de jugement, aucune expérience et une propension marquée, encouragée par le régime de ségrégation que m'avaient imposé quatre ans de lois raciales, à vivre dans un monde quasiment irréel, peuplé d'honnêtes figures cartésiennes, d'amitiés masculines sincères et d'amitiés féminines inconsistantes. Je cultivais à part moi un sentiment de révolte abstrait et modéré. "

« le premier devoir de l’homme est de savoir utiliser les moyens appropriés pour arriver au but qu’il s’est prescrit, et tant pis pour lui s’il se trompe »

« Pour tout juif manquant à l’appel, on en fusillait dix. »

« comment pouvait-on frapper un homme sans colère ? »

« Des quarante-cinq occupants de mon wagon, quatre seulement ont revu leur foyer, et ce fut de beaucoup le wagon le mieux loti. »

« Nous nous dîmes adieu, et ce fut bref : chacun prit congé de la vie en prenant congé de l’autre. Nous n’avions plus peur. »

« Les mots de l’Allemand, les mots odieux lui tordent la bouche quand il les prononce, comme s’il recrachait une nourriture dégoûtante. »

« Il a compris ; il se lève, s’approche de moi et, timidement, me serre dans ses bras. »

« Et puis c’était si fatiguant de faire ces quelques pas, et puis se retrouver, c’était se rappeler et penser, et ce n’était pas sage. »

« Le mélange des langues est un élément fondamental du mode de vie d’ici ; on évolue dans une sorte de Babel permanente où tout le monde hurle des ordres et des menaces dans des langues parfaitement inconnues, et tant pis pour ceux qui ne saisissent pas au vol. »

« Nous savons d’où nous venons : les souvenirs du monde extérieur peuplent notre sommeil et notre veille, nous nous apercevons avec stupeur que nous n’avons rien oublié, que chaque souvenir évoqué surgit devant nous avec une douloureuse netteté. »

« Personne ne sortira d’ici, qui pourrait porter au monde, avec le signe imprimé dans sa chair, la sinistre nouvelle de ce que l’homme, à Auschwitz, a pu faire d’un autre homme. »

« Ils rêvent qu’ils mangent : cela aussi c’est un rêve collectif. C’est un rêve impitoyable, celui qui a créé le mythe de Tantale devait en savoir quelque chose. Non seulement on voit les aliments, mais on les sent dans sa main, distincts et concrets, on es perçoit l’odeur riche et violente ; quelqu’un nous les approche de la bouche, mais une circonstance quelconque, à chaque fois différente, vient interrompre le geste. »

« Je me mords profondément les lèvres : nous savons tous, ici, qu’une petite douleur provoquée volontairement réussit à stimuler nos dernières réserves d’énergie. Les Kapos aussi le savent : il y a ceux qui nous frappent par pure bestialité, mais il en est d’autres qui, lorsque nous sommes chargés, le font avec une nuance de sollicitude, accompagnant leurs coups d’exhortations et d’encouragements, comme font les charretiers avec leurs braves petits chevaux. »

« les pommes d’Adam montent et descendent, pitoyablement visibles sous la peau distendue. »

« Ces quelques rescapés de la colonie juive de Salonique, au double langage, grec et espagnol, et aux activités multiples, sont les dépositaires d’une sagesse concrète, positive et consciente où confluent les traditions de toutes les civilisations méditerranéennes. »

« Enfermez des milliers d’individus entre des barbelés, sans distinction d’âge, de condition sociale, d’origine, de langue, de culture et de mœurs, et soumettez-les à un mode de vie uniforme, contrôlable, identique pour tous et inférieur à tous les besoins : vous aurez là ce qu’il peut y avoir de plus rigoureux comme champ d’expérimentation, pour déterminer ce qu’il y a d’inné et ce qu’il y a d’acquis dans le comportement de l’homme confronté à la lutte pour la vie. »

« il existe chez les hommes deux catégories particulièrement bien distinctes, que j’appellerai métaphoriquement les élus et les damnés. »

« on s’accorde en effet à reconnaître qu’un pays est d’autant plus évolué que les lois qui empêchent le misérable d’être trop misérable et le puissant trop puissant y sont plus sages et plus efficaces. »

« ‘Muselmann’ : c’est ainsi que les anciens du camp surnommaient, j’ignore pourquoi, les faibles, les inadaptés, ceux qui étaient voués à la sélection. »

« cette ivresse lucide, cette chaleur qui court dans mes veines, comme je la reconnais ! C’est la fièvre des examens, ma fièvre, celle de mes examens, cette mobilisation spontanée de toutes les facultés logiques et de toutes les notions qui faisait tant envie à mes camarades. »

« ‘Quand on change, c’est toujours en pire’, disait un proverbe du camp. »

« Mais Lorenzo était un homme : son humanité était pure et intacte, il n’appartenait pas à ce monde de négation. C’est à Lorenzo que je dois de n’avoir pas oublié que moi aussi j’étais un homme. »

« L’atmosphère est tendue, on sent que la fin est proche. Les Polonais ne travaillent plus, les Français marchent de nouveau la tête haute. Les Anglais nous font le clin d’œil et nous saluent en cachette avec le ‘V’ de la victoire, médius et index écartés ; et pas toujours en cachette. »

« Détruire un homme est difficile, presque autant que le créer : cela n’a été ni aisé ni rapide, mais vous y êtes arrivés, Allemands. Nous voici dociles devant vous, vous n’avez plus rien à craindre de nous »

Si c’est un homme – Primo Levi

jeudi 22 août 2013

Un homme très recherché - John le Carré


« On ne peut pas reprocher à un Turc champion de boxe poids lourd déambulant dans une rue de Hambourg au bras de sa mère de ne pas remarquer qu’il est suivi par un grand échalas en manteau noir.
Géant débraillé et jovial au large sourire naturel et à la tignasse noire attachée en catogan, Big Melik, comme le surnommaient ses voisins admiratifs, marchait d’un pas désinvolte en occupant la moitié du trottoir à lui tout seul. »

« Leïla et Melik évitaient les mosquées, même modérées et turcophones. Depuis le 11 Septembre, les mosquées de Hambourg étaient devenues des lieux dangereux. »

« N’avoue jamais, mon ami, lui conseilla-t-il d’une voix lasse »

« Bien bâti, d’une beauté discrète, un front large constellé de taches de rousseur, une tignasse drue d’Ecossais d’un brun-roux qu’il avait réussi à dompter et séparer par une raie, il exsudait l’assurance que confère la richesse, l’arrogance en moins. »

« -Il était français ?
-Non, il se rêvait français, répondit Brue, dégainant sa réponse toute faite. Il était écossais, et beaucoup d’Ecossais se sentent plus proches de la France que de l’Angleterre. »

« S’il existe en ce monde des gens prédestinés à l’espionnage, Bachmann était de ceux-là. Rejeton polyglotte d’une extravagante Germano-Ukrainienne ayant contracté une série de mariages mixtes, unique officier de son service censé n’avoir rien réussi à l’école si ce n’est se faire renvoyer définitivement du lycée, avant l’âge de trente ans Bachmann avait bourlingué sur toutes les mers du globe, fait du trekking dans l’Hindou Kouch et de la prison en Colombie, et écrit un roman impubliable d’un millier de pages. »

« Agé de vingt-sept ans, Maximilian présentait un bégaiement sévère, une mémoire encyclopédique et le don de collationner des bribes éparses d’informations. »

« Sur des plats de porcelaine fine, Leïla avait disposé des triangles de baklava arrosés de sirop et un gâteau au citron coupé en tranches. »

« C’est de l’argent qui s’est accru par l’usure, ce qui va à l’encontre de notre loi divine. »

« une femme qui rentrait chez elle aussi vide et ravagée que l’appartement qui l’attendait »

« Cet ascenseur métallisé poussif t’emmène vers le haut, pas vers le bas. Tu le sais à cette petite contraction dans le ventre, très distincte de tes autres sensations, comme la nausée et cette douleur lancinante due au fait d’avoir été violentée. »

« Et il y avait un certain soulagement, voire un certain plaisir, à redevenir enfant, à s’en remettre pour les grandes décisions de sa vie à des personnes plus mûres et plus sages qu’elle. »

« la maison elle-même, aussi petite que ravissante, évoquait une chaumière à la Blanche-Neige avec son toit d’ardoises roses rustiques et ses cheminées alambiquées. »

« Assis face à face dans des fauteuils à fleurs devant la fenêtre en saillie de son salon propret au charme tout anglais, ils sirotaient de l’Earl Grey dans des tasses en belle porcelaine tendre Minton. Aux murs, des gravures du vieux Londres et des paysages de Constable. Dans une bibliothèque Sheraton, des éditions de Jane Austen, Anthony Trollope, Thomas Hardy, Edward Lear et Lewis Carroll. Devant la fenêtre, des fleurettes printanières dans des cache-pots Wedgwood. »

« une chambre d’enfant où ne régnaient jamais le noir complet en raison des enseignes lumineuses de la rue. »

« La zakat, c’est 2,5% des revenus de tout musulman qui, selon la charia, doivent être consacrés à des bonnes œuvres comme les écoles, les hôpitaux, la nourriture pour les pauvres et les nécessiteux, les bourses pour les étudiants, et les orphelinats. »

« Mais la philosophie est réservée aux laïcs et aux infidèles. »

Un homme très recherché – John le Carré

Tuer le père - Amélie Nothomb


« Christina était extrêmement mince de visage et de corps, sans que son squelette apparaisse jamais. Ses cheveux, sa peau et ses yeux avaient la couleur du caramel. Elle avait grandi au Nouveau-Mexique et disait qu’elle n’y avait jamais connu un jour sans soleil : sa carnation en portait l’empreinte.
Elle relevait sa chevelure en une sorte de chignon de cuir indien qu’un bâtonnet de bois maintenait ; cette coiffure rudimentaire dégageait un cou d’une longue perfection. »

« Les sages affirment que rien n’a de sens. Les amoureux possèdent une sagesse plus profonde que les sages. Qui aime ne doute pas instant du sens des choses. »

« Oui. Il m’adore comme un gamin de quinze ans adore son père. Donc, il a envie de me tuer. »

« On observait leur manière hiératique de siéger silencieux l’un à côté de l’autre, tels un roi et une reine de l’époque mycénienne, n’échangeant rien que leur beauté et leur majesté. »

« Oui, les jeunes ne connaissent que l’immédiateté. »

« Joe eut dix-huit ans comme d’autres achèvent une peine de prison. »

« Les langues ont tout à tour leur supériorité. En l’occurrence, l’anglais l’emporte sur le français : fire dancer, c’est tellement mieux que danseur de feu. Pauvre français de besogneux analytique, qui doit établir un constat d’accident – un complément déterminatif – est-ce un génitif objectif ou subjectif ? Qu’est-ce que la grammaire vient faire entre deux divinités ? C’est l’anglais qui a raison, il faut jeter les deux mots l’un contre l’autre – et qu’ils se débrouillent – et aussitôt ils crépitent ensemble. »

« Personne n’habite autant la totalité de son corps que les grands danseurs. »

« Ils mangèrent sans parler, comme une famille. »

« Au début, Joe se conduisit comme un étudiant : dès qu’il avait un week-end de libre, il faisait de l’auto-stop pour venir à Reno, où il arrivait avec du linge sale. »

« L’an 2000, tu te rends compte, dit-elle, comme le dirent, cette nuit-là, des milliards de gens. »

« Janvier, février, mars. Norman et Christina remarquèrent ce que constata la planète entière : aucun changement en l’an 2000. »

Tuer le père – Amélie Nothomb

dimanche 18 août 2013

Les délices de Turquie - Jan Wolkers


« Elles étudiaient l’histoire de l’art, et elles avaient fixé des maximes au mur, entre une reproduction de l’Agneau mystique de Memling et l’inévitable autoportrait du fou d’Arles à la tête pansée. THERE’S NOTHING SADDER THAN ASSOCIATIONS HELD TOGETHER BY NOTHING BUT THE GLUE OF POSTAGE STAMPS. Et : ONE WHO PUTS SALT IN THE SUGAR BOWL IS A MISANTHROPE. »

« L’air absorbé, elles plongeaient leur nez américain en trompette dans leurs livres. »

« Un type rondouillard aux cheveux coupés ras et à l’aspect d’ours en peluche, mais aux yeux clairs et méchants. »

« Des étudiants américains pâles et bohèmes parcourant le monde grâce à des bourses insuffisantes pour vivre, mais suffisantes pour ne pas crever. »

« De nouveau, tel un pudding pendant un bombardement, il tremblotait longuement de rire. »

« Les artistes sont des goinfres dépourvus de sens critique. »

« la peau de la tantième était parsemée de taches de rousseur comme l’asphalte de Cinquième Avenue de New York l’était de confettis après un défilé »

« Elle a de grandes incisives qui s’enfoncent dans sa lèvre inférieure lorsqu’elle parle. »

« Je donnais des coups d’épée dans l’eau. Il n’y avait pas moyen de combattre sa peur par des raisonnements. »

« Elle avait un air emprunté. Comme une photo coloriée. »

« le visage encore bouffi de sommeil »

«Mon père avait coutume de prétendre que les Américains n’étaient pas un peuple civilisé. »

« Car je m’imaginais Olga, les cheveux aussi longs que la Vénus de Botticelli, flottant dans une clarté vitreuse. Aussi jolie que jadis. »

Les délices de Turquie – Jan Wolkers

You against me - Jenny Downham


« Mum’s solution was to hide herself away. But an eight-year-old comforting a fifteen-year-old meant the world was upside down. »

« It was strange how words meant something when they came out of your mouth. Inside your head they were safe and silent, but once they were outside, people grabbed hold of them. »

« He was the only brother she had and it was his job to take care of her. He’d never felt that before, the terrible responsability of it. »

« But there – who was that ? On the bench, underneath that tree. Lanterns swayed above her, people everywhere, and her simply sitting there, the one still point. »

« This was what Mikey liked about cooking – you started with something simple and you added another simple thing to it and you ended up with something to do with magic if you were French. »

« The odd thing about it was that somewhere up there, the weather was fine. The sun was simply trapped behind a cobwebbed sky. Only a mile or two down the coast, the day was probably blazing. »

« she had the most amazing eyes – blue with splashes of grey in them »

« But something changed when she got to eleven, like she shrank away. She was too big for cuddles, too old for games and messing around. It was a slow retreat. »

« She’d thought it would be like speaking different languages because he was experienced and she wasn’t. »

« Was this love ? Because it hurt. It was like a bit of glass stuck somewhere important – his heart or his head, and it was throbbing. Already he missed her and they were only just out of the door. »

You against me – Jenny Downham

Antéchrista - Amélie Nothomb


« C’était ça l’université : croire que l’on allait s’ouvrir sur l’univers et ne rencontrer personne. »

« Je rêvais d’être intégrée, ne fût-ce que pour m’offrir le luxe de me désintégrer ensuite. »

« Je ne savais pas si j’étais son amie. A quel critère forcément mystérieux reconnaît-on que l’on est l’amie de quelqu’un ? »

« Elle passa un temps fou à prendre congé de ses nombreuses relations. »

« J’avais seize ans. Je ne possédais rien, ni biens matériels ni confort spirituel. Je n’avais pas d’ami, pas d’amour, je n’avais rien vécu. Je n ‘avais pas d’idée, je n’étais pas sûre d’avoir une âme. Mon corps, c’était tout ce que j’avais. »

« Quand on parle de quelqu’un à la troisième personne, c’est qu’il n’est pas là. En effet, je n’étais pas là. »

« Malgré mon désir, je n’avais jamais vécu les amitiés grandioses des fillettes de dix ans ; au lycée, je n’avais jamais retenu l’attention passionnée d’un professeur. Je n’avais jamais vu s’allumer pour moi, dans l’œil d’autrui, la flamme qui seule console de vivre. »

« Et je me rappelai le psaume : ‘Bénis soient ceux qui inspirent l’amour.’ »

« Jusqu’à ma rencontre avec Christa, l’un des bonheurs de ma vie d’adolescente avait consisté à lire : je me couchais sur mon lit avec un livre et je devenais le texte. Si le roman était de qualité, il me transformait en lui. S’il était médiocre, je n’en passais pas moins des heures merveilleuses, à me délecter de ce qui ne me plaisait pas en lui, à sourire des occasions manquées.
La lecture n’est pas un plaisir de substitution. Vue de l’extérieur, mon existence était squelettique ; vue de l’intérieur, elle inspirait ce qu’inspirent les appartements dont l’unique mobilier est une bibliothèque somptueusement remplie : la jalousie admirative pour qui ne s’embarrasse pas du superflu et regorge du nécessaire.
Personne ne me connaissait de l’intérieur : personne ne savais que je n’étais pas à plaindre, sauf moi – et cela me suffisait. Je profitai de mon invisibilité pour lire des jours entiers sans que personne s’en aperçût. 
Il n’y avait guère que mes parents pour remarquer ce comportement. Je subissais leurs sarcasmes : ma biologiste de mère s’offusquait que je laisse mon physique en friche ; mon père l’appuyait à grand renfort de citations latines ou grecques, mens sana in corpore sano, etc., me parlait de Sparte et s’imaginait sans doute qu’il existait des gymnases où j’eusse pu aller m’entraîner au discobole. Il eût même préféré avoir pour rejeton un Alcibiade plutôt que cette fille éprise de littérature, rêveuse et solitaire.
Je n’essayais même pas de me défendre. A quoi bon tenter de leur expliquer que j’étais invisible ? »

« j’attendais mon heure, je tissais mes pétales avec du Stendhal et du Radiguet, qui ne me paraissaient pas les pires ingrédients de cette terre. »

« ce n’était pas une idiote, elle ne pouvait trouver divertissant de me narrer l’eau de vaisselle qui lui tenait lieu de récit. J’en étais arrivée à la conclusion que Christa souffrait d’une jalousie pathologique : quand elle me voyait heureuse avec un livre, il fallait qu’elle détruise ce bonheur, faute de pouvoir se l’approprier. »

« Et moi, j’étais le déplorable enfant sage, celui qui n’a pas eu l’habileté de signaler, par ses turbulences, par ses fugues, par ses impertinences, par ses insultes, qu’il méritait hautement l’amour de son père et de sa mère. »

« C’était étonnant de se sentir visitée. Ce tourisme dura longtemps. »

« Je redécouvrai le plus grand luxe de cette planète : une chambre à soi. Un lieu où l’on jouit d’une paix royale. Flaubert avait besoin d’un gueuloir ; moi, je ne pouvais vivre sans un rêvoir – une pièce où il n’y avait rien ni personne, aucun obstacle ou vagabondage infini de l’esprit, où l’unique décor était la fenêtre – quand une chambre a une fenêtre, c’est qu’on a sa part de ciel. Pourquoi vouloir autre chose ? »

« Je donne 14 sur 20 quand on me restitue le cours par cœur et 18 sur 20 quand on a une opinion originale. »

« Deux semaines sans elle : Byzance ! »

« Les êtres sans finesse adorent les hortensias ! Moi, vois-tu, j’en ai horreur. Je ne supporte que ce qui est fin, car je suis d’une finesse extrême. C’est un problème : je suis allergique à ce qui n’est pas fin. Pour les fleurs, je ne supporte que les orchidées et les désespoirs-du-peintre – où avais-je la tête, tu n’as certainement jamais entendu parler des désespoirs du peintre… »

« Ceuw qui croient que lire est une fuite dont à l’opposé de la vérité : lire, c’est être mis en présence du réel dans son état le plus pénible : ne pouvoir prétendre le mal à bras-le-corps. On se trompe quand on croit lire au hasard : ce fut à ce moment là que je commençai à lire Bernanos, l’auteur dont j’avais exactement besoin. »

« les anniversaires estivaux ne sont jamais fêtés »

Antéchrista – Amélie Nothomb