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jeudi 22 août 2013

Tuer le père - Amélie Nothomb


« Christina était extrêmement mince de visage et de corps, sans que son squelette apparaisse jamais. Ses cheveux, sa peau et ses yeux avaient la couleur du caramel. Elle avait grandi au Nouveau-Mexique et disait qu’elle n’y avait jamais connu un jour sans soleil : sa carnation en portait l’empreinte.
Elle relevait sa chevelure en une sorte de chignon de cuir indien qu’un bâtonnet de bois maintenait ; cette coiffure rudimentaire dégageait un cou d’une longue perfection. »

« Les sages affirment que rien n’a de sens. Les amoureux possèdent une sagesse plus profonde que les sages. Qui aime ne doute pas instant du sens des choses. »

« Oui. Il m’adore comme un gamin de quinze ans adore son père. Donc, il a envie de me tuer. »

« On observait leur manière hiératique de siéger silencieux l’un à côté de l’autre, tels un roi et une reine de l’époque mycénienne, n’échangeant rien que leur beauté et leur majesté. »

« Oui, les jeunes ne connaissent que l’immédiateté. »

« Joe eut dix-huit ans comme d’autres achèvent une peine de prison. »

« Les langues ont tout à tour leur supériorité. En l’occurrence, l’anglais l’emporte sur le français : fire dancer, c’est tellement mieux que danseur de feu. Pauvre français de besogneux analytique, qui doit établir un constat d’accident – un complément déterminatif – est-ce un génitif objectif ou subjectif ? Qu’est-ce que la grammaire vient faire entre deux divinités ? C’est l’anglais qui a raison, il faut jeter les deux mots l’un contre l’autre – et qu’ils se débrouillent – et aussitôt ils crépitent ensemble. »

« Personne n’habite autant la totalité de son corps que les grands danseurs. »

« Ils mangèrent sans parler, comme une famille. »

« Au début, Joe se conduisit comme un étudiant : dès qu’il avait un week-end de libre, il faisait de l’auto-stop pour venir à Reno, où il arrivait avec du linge sale. »

« L’an 2000, tu te rends compte, dit-elle, comme le dirent, cette nuit-là, des milliards de gens. »

« Janvier, février, mars. Norman et Christina remarquèrent ce que constata la planète entière : aucun changement en l’an 2000. »

Tuer le père – Amélie Nothomb

dimanche 18 août 2013

Les délices de Turquie - Jan Wolkers


« Elles étudiaient l’histoire de l’art, et elles avaient fixé des maximes au mur, entre une reproduction de l’Agneau mystique de Memling et l’inévitable autoportrait du fou d’Arles à la tête pansée. THERE’S NOTHING SADDER THAN ASSOCIATIONS HELD TOGETHER BY NOTHING BUT THE GLUE OF POSTAGE STAMPS. Et : ONE WHO PUTS SALT IN THE SUGAR BOWL IS A MISANTHROPE. »

« L’air absorbé, elles plongeaient leur nez américain en trompette dans leurs livres. »

« Un type rondouillard aux cheveux coupés ras et à l’aspect d’ours en peluche, mais aux yeux clairs et méchants. »

« Des étudiants américains pâles et bohèmes parcourant le monde grâce à des bourses insuffisantes pour vivre, mais suffisantes pour ne pas crever. »

« De nouveau, tel un pudding pendant un bombardement, il tremblotait longuement de rire. »

« Les artistes sont des goinfres dépourvus de sens critique. »

« la peau de la tantième était parsemée de taches de rousseur comme l’asphalte de Cinquième Avenue de New York l’était de confettis après un défilé »

« Elle a de grandes incisives qui s’enfoncent dans sa lèvre inférieure lorsqu’elle parle. »

« Je donnais des coups d’épée dans l’eau. Il n’y avait pas moyen de combattre sa peur par des raisonnements. »

« Elle avait un air emprunté. Comme une photo coloriée. »

« le visage encore bouffi de sommeil »

«Mon père avait coutume de prétendre que les Américains n’étaient pas un peuple civilisé. »

« Car je m’imaginais Olga, les cheveux aussi longs que la Vénus de Botticelli, flottant dans une clarté vitreuse. Aussi jolie que jadis. »

Les délices de Turquie – Jan Wolkers

You against me - Jenny Downham


« Mum’s solution was to hide herself away. But an eight-year-old comforting a fifteen-year-old meant the world was upside down. »

« It was strange how words meant something when they came out of your mouth. Inside your head they were safe and silent, but once they were outside, people grabbed hold of them. »

« He was the only brother she had and it was his job to take care of her. He’d never felt that before, the terrible responsability of it. »

« But there – who was that ? On the bench, underneath that tree. Lanterns swayed above her, people everywhere, and her simply sitting there, the one still point. »

« This was what Mikey liked about cooking – you started with something simple and you added another simple thing to it and you ended up with something to do with magic if you were French. »

« The odd thing about it was that somewhere up there, the weather was fine. The sun was simply trapped behind a cobwebbed sky. Only a mile or two down the coast, the day was probably blazing. »

« she had the most amazing eyes – blue with splashes of grey in them »

« But something changed when she got to eleven, like she shrank away. She was too big for cuddles, too old for games and messing around. It was a slow retreat. »

« She’d thought it would be like speaking different languages because he was experienced and she wasn’t. »

« Was this love ? Because it hurt. It was like a bit of glass stuck somewhere important – his heart or his head, and it was throbbing. Already he missed her and they were only just out of the door. »

You against me – Jenny Downham

Antéchrista - Amélie Nothomb


« C’était ça l’université : croire que l’on allait s’ouvrir sur l’univers et ne rencontrer personne. »

« Je rêvais d’être intégrée, ne fût-ce que pour m’offrir le luxe de me désintégrer ensuite. »

« Je ne savais pas si j’étais son amie. A quel critère forcément mystérieux reconnaît-on que l’on est l’amie de quelqu’un ? »

« Elle passa un temps fou à prendre congé de ses nombreuses relations. »

« J’avais seize ans. Je ne possédais rien, ni biens matériels ni confort spirituel. Je n’avais pas d’ami, pas d’amour, je n’avais rien vécu. Je n ‘avais pas d’idée, je n’étais pas sûre d’avoir une âme. Mon corps, c’était tout ce que j’avais. »

« Quand on parle de quelqu’un à la troisième personne, c’est qu’il n’est pas là. En effet, je n’étais pas là. »

« Malgré mon désir, je n’avais jamais vécu les amitiés grandioses des fillettes de dix ans ; au lycée, je n’avais jamais retenu l’attention passionnée d’un professeur. Je n’avais jamais vu s’allumer pour moi, dans l’œil d’autrui, la flamme qui seule console de vivre. »

« Et je me rappelai le psaume : ‘Bénis soient ceux qui inspirent l’amour.’ »

« Jusqu’à ma rencontre avec Christa, l’un des bonheurs de ma vie d’adolescente avait consisté à lire : je me couchais sur mon lit avec un livre et je devenais le texte. Si le roman était de qualité, il me transformait en lui. S’il était médiocre, je n’en passais pas moins des heures merveilleuses, à me délecter de ce qui ne me plaisait pas en lui, à sourire des occasions manquées.
La lecture n’est pas un plaisir de substitution. Vue de l’extérieur, mon existence était squelettique ; vue de l’intérieur, elle inspirait ce qu’inspirent les appartements dont l’unique mobilier est une bibliothèque somptueusement remplie : la jalousie admirative pour qui ne s’embarrasse pas du superflu et regorge du nécessaire.
Personne ne me connaissait de l’intérieur : personne ne savais que je n’étais pas à plaindre, sauf moi – et cela me suffisait. Je profitai de mon invisibilité pour lire des jours entiers sans que personne s’en aperçût. 
Il n’y avait guère que mes parents pour remarquer ce comportement. Je subissais leurs sarcasmes : ma biologiste de mère s’offusquait que je laisse mon physique en friche ; mon père l’appuyait à grand renfort de citations latines ou grecques, mens sana in corpore sano, etc., me parlait de Sparte et s’imaginait sans doute qu’il existait des gymnases où j’eusse pu aller m’entraîner au discobole. Il eût même préféré avoir pour rejeton un Alcibiade plutôt que cette fille éprise de littérature, rêveuse et solitaire.
Je n’essayais même pas de me défendre. A quoi bon tenter de leur expliquer que j’étais invisible ? »

« j’attendais mon heure, je tissais mes pétales avec du Stendhal et du Radiguet, qui ne me paraissaient pas les pires ingrédients de cette terre. »

« ce n’était pas une idiote, elle ne pouvait trouver divertissant de me narrer l’eau de vaisselle qui lui tenait lieu de récit. J’en étais arrivée à la conclusion que Christa souffrait d’une jalousie pathologique : quand elle me voyait heureuse avec un livre, il fallait qu’elle détruise ce bonheur, faute de pouvoir se l’approprier. »

« Et moi, j’étais le déplorable enfant sage, celui qui n’a pas eu l’habileté de signaler, par ses turbulences, par ses fugues, par ses impertinences, par ses insultes, qu’il méritait hautement l’amour de son père et de sa mère. »

« C’était étonnant de se sentir visitée. Ce tourisme dura longtemps. »

« Je redécouvrai le plus grand luxe de cette planète : une chambre à soi. Un lieu où l’on jouit d’une paix royale. Flaubert avait besoin d’un gueuloir ; moi, je ne pouvais vivre sans un rêvoir – une pièce où il n’y avait rien ni personne, aucun obstacle ou vagabondage infini de l’esprit, où l’unique décor était la fenêtre – quand une chambre a une fenêtre, c’est qu’on a sa part de ciel. Pourquoi vouloir autre chose ? »

« Je donne 14 sur 20 quand on me restitue le cours par cœur et 18 sur 20 quand on a une opinion originale. »

« Deux semaines sans elle : Byzance ! »

« Les êtres sans finesse adorent les hortensias ! Moi, vois-tu, j’en ai horreur. Je ne supporte que ce qui est fin, car je suis d’une finesse extrême. C’est un problème : je suis allergique à ce qui n’est pas fin. Pour les fleurs, je ne supporte que les orchidées et les désespoirs-du-peintre – où avais-je la tête, tu n’as certainement jamais entendu parler des désespoirs du peintre… »

« Ceuw qui croient que lire est une fuite dont à l’opposé de la vérité : lire, c’est être mis en présence du réel dans son état le plus pénible : ne pouvoir prétendre le mal à bras-le-corps. On se trompe quand on croit lire au hasard : ce fut à ce moment là que je commençai à lire Bernanos, l’auteur dont j’avais exactement besoin. »

« les anniversaires estivaux ne sont jamais fêtés »

Antéchrista – Amélie Nothomb

Le meilleur des mondes - Aldous Huxley


« Se rouler dans la fange n’est point la meilleure manière de se nettoyer. »

« Car les détails, comme chacun le sait, conduisent à la vertu et au bonheur ; les généralités sont, au point de vue intellectuel, des maux inévitables. Ce ne sont pas les philosophes, mais bien ceux qui s’adonnent au bois découpé et aux collections de timbres, qui constituent l’armature de la société. »

« -Et c’est là, dit sentencieusement le Directeur, en guise de contribution à cet exposé, qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement. Faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper. »

« Son sourire lui décocha un éclair rouge, une rangée de dents de corail. »

« Ce que l’homme  a uni, la nature est impuissante à le séparer. »

« Mais maintenant, on a réglé l’appareil sur le cours élémentaire de Sentiment des Classes Sociales. »

« L’air était somnolent du murmure des abeilles et des hélicoptères. »

« Il brandit la main ; et l’on eût dit que, d’un coup d’un invisible plumeau, il avait chassé un peu de poussière, et la poussière c’était Harappa, c’était Ur en Chaldée ; quelques toiles d’araignée, qui étaient Thèbes et Babylone, Cnossos et Mycènes. Un coup de plumeau, un autre – et où donc était Ulysse, où était Job, où étaient Jupiter et Gotama, et Jésus ? Un coup de plumeau – et ces taches de boue antique qu’on appelait Athènes et Rome, Jérusalem et l’Empire du Milieu, toutes avaient disparu. Un coup de plumeau, - l’endroit où avait été l’Italie était vide. Un coup de plumeau, - enfouies, les cathédrales ; un coup de plumeau, un autre, - anéantis, le Roi Lear et les Pensées de Pascal. Un coup de plumeau, - mort le Requiem ; un coup de plumeau, - finie la Symphonie ; un coup de plumeau… »

« Et le foyer était aussi malpropre psychiquement que physiquement. Psychiquement, c’était un terrier à lapins, une fosse à purin, échauffé par les frottements de la vie qui s’y entassait, et tout fumant des émotions qui s’y exhalaient. Quelles intimités suffocantes, quelles relations dangereuses, insensées, obscènes, entre les membres du groupe familial ! »

« -Prenez le cas de l’Ectogenèse. Pfitzer et Kawaguchi en avaient élaboré la théorie complète. Mais les Gouvernements daignèrent-ils y jeter un regard ? Non. Il y avait quelque chose qui s’appellait le Christianisme. Il fallut que les femmes continuassent à être vivipares. »

« la petitesse était une chose si horriblement, si typiquement propre aux castes inférieures. »

« -Le retour à la culture. Oui, vraiment, à la culture. On ne peut pas consommer grand-chose si l’on reste tranquillement assis à lire des livres. »

« -Puis il y a le célèbre Massacre du British Museum. Deux mille fanatiques de culture gazés avec du sulfure de dichloréthyle. »

« On coupa le sommet de toutes les croix pour en faire des T. Il y avait aussi une chose appelée Dieu. »

« Il ne pourrait pas avoir l’air plus défait si j’avais dit une obscénité, si je lui avais demandé qui était sa mère, ou quelque chose de ce genre-là. »

« Je songe à une sensation bizarre que j’éprouve quelquefois, la sensation d’avoir quelque chose d’important à dire et le pouvoir de l’exprimer, mais sans savoir quoi, et je ne peux pas faire usage de ce pouvoir. »

« C’est une belle chose de penser que nous pouvons continuer à être utiles socialement, même après notre mort. Pour faire pousser les plantes. »

« les larmes leur montaient aux yeux ; il semblait que leur cœur, leurs entrailles, fussent en mouvement au creux de leur corps, comme s’ils étaient animés d’une vie indépendante. »

« D’agir davantage par moi-même, et non pas si complètement comme une partie d’autre chose. De n’être pas simplement une cellule du corps social. Cela ne vous donne pas cette sensation là, Lenina ? »

« -Vous n’avez pas le désir d’être libre, Lenina ?
-Je ne sais pas ce que vous voulez dire. Je le suis, libre. Libre de me payer du bon temps, le meilleur qui soit. »

« Il me semblait que nous serions plus… plus ensemble ici, sans rien d’autre que la mer et la lune. »

« C’est ainsi qu’elle se considère elle-même. Cela lui est égal, d’être de la viande. »

« Je veux ressentir quelque chose avec violence.
-‘Dès que l’individu ressent, la communauté est sur un sol glissant’, déclara Lenina. »

« Bernard haussa philosophiquement les épaules. »

« la civilisation c’est la stérilisation »

« Son visage était profondément sillonné de rides, et noir, tel un masque d’obsidienne. La bouche édentée s’était affaissée. Aux commissures des lèvres, et de chaque côté du menton, luisaient quelques poils hérissés, presque blancs sur la peau foncée. Les longs cheveux non retenus en tresse lui tombaient en touffes grises tout autour du visage. Son corps était courbé et émacié au point de n’avoir presque plus de chair sur les os. »

« Il me semble souvent qu’il se peut qu’il nous ait manqué quelque chose, à n’avoir pas eu de mère. »

« Comme cette femme était obèse ! Et toutes ces rides sur sa figure, ces chairs molles pendantes, ces plis ! Et ces joues affaissées avec ces pustules pourprées ! Et les veines rouges sur son nez, les yeux injectés de sang ! Et ce cou, ce cou ; et la couverture dont elle s’était couvert la tête, en loques et crasseuse. Et sous la tunique brune en forme de sac, ces seins énormes, la saillie du ventre, les hanches ! »

« Songez donc : moi, une Bêta, avoir un bébé : Mettez-vous à ma place ! (Rien qu’à cette idée, Lenina frémit). »

«De grosses larmes filtrèrent lentement d’entre ses paupières serrées. »

« Raccommoder c’est antisocial »

« Il y a tellement de choses qu’on ne sait pas ; ce n’était pas mon affaire de savoir. Je veux dire : si un enfant vous demande comment fonctionne un hélicoptère, ou qui a fait le monde, eh bien, que voulez-vous répondre si vous êtes une Bêta et avez toujours travaillé dans la Salle de Fécondation ? Que voulez-vous donc qu’on réponde ? »

« La simple allusion à la maladie ou aux blessures était, pour lui, chose non seulement épouvantable mais proprement repoussante et plutôt dégoutante. Comme la saleté, la difformité , ou la vieillesse. »

« une éternité lunaire »

« Lenina était étendue, dormant d’un sommeil profond, et si belle au milieu de ses boucles, si enfantinement touchante avec ses orteils roses et son visage grave et endormi, si confiante dans l’abandon de ses mains molles et des ses membres détendus, qu’il lui en vint les larmes aux yeux. »

« Par ses idées hérétiques sur le sport et le soma, par la scandaleuse irrégularité de sa vie sexuelle, par son refus d’obéir aux enseignements de Notre Ford et de se conduire en dehors des heures de bureau ‘comme un bébé à flacon’ ( à ce point de son discours, le directeur fit un signe de T), il s’est avéré être un ennemi de la Société, un homme subversif, Mesdames et Messieurs, à l’égard de tout Ordre et de toute Stabilité, un conspirateur contre la Civilisation elle-même. »

« le succès monta à la tête de Bernard comme un vin mousseux »

« Puis la peau d’ours fit une dernière apparition, et, dans un fracas de sexophones, le dernier baiser stéréoscopique s’évanouit dans l’obscurité, le dernier chatouillement électrique s’amortit sur les lèvres, semblable à un papillon de nui expirant qui palpite, palpite toujours plus faiblement, toujours plus imperceptiblement, et finit par rester immobile, tout à fait immobile. »

« Elle avait les joues rouges, les joues comme gemmés de rosée, sa respiration arrivait par saccades profondes. »

« Comme ce serait amusant, musa-t-il, si l’on était pas obligé de songer au bonheur ! »

« Toute découverte de la science pure est subversive en puissance »

« Le savoir était le dieu le plus élevé, la vérité la valeur suprême ; tout le reste était secondaire et subordonné. »

« le sentiment religieux peut se développer à mesure que nous avançons en âge : parce que les passions étant calmées, l’imagination et la sensibilité moins excités ou excitables, la raison est moins troublée dans son exercice, moins offusquée par les images ou les affections qui l’absorbaient »

« Dieu n’est pas compatible avec les machines, la médecine scientifique, et le bonheur universel. »

« Il définissait la philosophie comme l’art de trouver une mauvaise raison à ce que l’on croit d’instinct. »

« Tout l’ordre social serait bouleversé si les hommes se mettaient à faire les choses de leur propre initiative. »

« Le christianisme sans larmes, voilà ce qu’est le soma. »

« Se débarrasser de tout ce qui est désagréable, au lieu d’apprendre à s’en accommoder. »

« - Mais cela me plaît, les désagréments.
- Pas à nous, dit l'Administrateur - Nous préférons faire les choses en plein confort.
- Mais je n'en 'veux pas, du confort. Je veux Dieu, je veux de la poésie, je veux du danger véritable, je veux de la liberté, je veux de la bonté. Je veux du péché.
- En somme, dit Mustapha Menier, vous réclamez le droit d'être malheureux.
- Eh bien, soit, dit le Sauvage d'un ton de défi, je réclame le droit d'être malheureux.
- Sans parler du droit de vieillir, de devenir laid et impotent ; du droit d'avoir la syphilis et le cancer; du droit d'avoir trop peu à manger; du droit d'avoir des poux; du droit de vivre dans l'appréhension constante de ce qui pourra se produire demain; du droit d'attraper la typhoïde; du droit d'être torturé par des douleurs indicibles de toutes sortes.
Il y eut un long silence.
- Je les réclame tous, dit enfin le Sauvage. Mustapha Menier haussa les épaules.
- On vous les offre de grand coeur, dit-il. »

« J’ai mangé la civilisation. »

« Les bois, les étendues libres de bruyères et de genêts jaunes, les massifs de pin d’Ecosse, les étangs luisants avec leurs bouleaux surplombants, leurs nénuphars, leurs lits de roseaux, tout cela était magnifique, et pour un œil habitué aux aridités du désert américain, étonnant. Et puis, la solitude ! »

« Le travail lui procura un plaisir intense. »

 "Lentement, très lentement, comme deux aiguilles de boussole que rien ne presse, les pieds se tournèrent vers la droite; nord, nord-est, est, sud-est, sud, sud-ouest; puis ils s’arrêtèrent, et, au bout de quelques secondes, revinrent, avec aussi peu de hâte, vers la gauche, Sud-ouest, sud, sud-est… ”

Le meilleur des mondes – Aldous Huxley

mardi 30 juillet 2013

La Liste de mes envies - Grégoire Delacourt

« Je n’ai pas la taille mannequin ; je suis du genre pulpeuse, enrobée même. Du genre qui occupe une place et demie. »

« Comme une vie sans histoires. Comme cette ville épouvantable, sans aéroport ; cette ville grise d’où l’on ne peut pas s’enfuir et où personne n’arrive jamais, aucun voleur de cœur, aucun chevalier blanc sur un cheval blanc. »

« Vous voyez, on se ment toujours.
Parce que l’amour ne résisterait pas à la vérité. »

« Nadine est arrivée deux ans après et depuis je n’ai plus jamais retrouvé mon poids idéal. Je suis restée grosse, une sorte de femme enceinte vide, un ballon rempli de rien. Une bulle d’air.»

« J’en ai marre de cette ville, j’ai l’impression de vivre dans une brochure historique »

« Avant de partir à son tour, il nous a informés qu’il arrêtait ses études et qu’il allait travailler avec la fille comme serveur au Palais Breton, une crêperie sise à Uriage, ville thermale à dix minutes de Grenoble. »

« C’était une femme du quartier, une adorable petite branche d’arbre sec, comme l’était l’actrice Madeleine Renaud. Elle apportait des tagliatelles. Je toussai. Tant de sollicitude inattendue m’étouffait. Je n’avais pas l’habitude que l’on me donne quelque chose sans que je l’aie demandé. Je ne pus parler. Elle sourit, si douce. Elles sont aux épinards et au fromage frais. Des féculents et du fer. »

« Règles. Le mot magique. Qui éloigne la plupart des hommes. »

« C’est un psychologue. Je ne savais pas qu’avoir dix-huit millions était une maladie. Mais je me retiens de tout commentaire. »

« Elle repose sa tasse de café dans laquelle elle n’a pas trempé ses lèvres daisyduckiennes. »

« Et me voilà, moi, quelqu’un d’Arras, assise sur ses belles fesses en train de manger un sandwich au jardin des Tuileries à Paris comme une étudiante alors que j’ai une fortune dans mon sac. »

« Faire soi-même possède quelque chose de très beau »

« Etre riche, c’est voir tout ce qui est laid puisqu’on a l’arrogance de penser qu’on peut changer les choses. Qu’il suffit de payer pour ça. »

« Les bulles du vin délient nos langues lorsqu’elles éclatent dans nos palais. »

« On passe une vie à remplir une maison ; et quand elle est pleine, on casse les choses pour pouvoir les remplacer, pour avoir quelque chose à faire le lendemain. On va même jusqu’à casser son couple pour se projeter dans une autre histoire, un autre futur, une autre maison. »

La Liste de mes envies – Grégoire Delacourt

samedi 27 juillet 2013

Of Mice and Men - John Steinbeck

“Maybe ever’body in the whole damn world is scared of each other.”
“As happens sometimes, a moment settled and hovered and remained for much more than a moment. And sound stopped and movement stopped for much, much more than a moment.”
“A guy needs somebody―to be near him. A guy goes nuts if he ain't got nobody. Don't make no difference who the guy is, long's he's with you. I tell ya, I tell ya a guy gets too lonely an' he gets sick.”
“Guy don't need no sense to be a nice fella. Seems to me sometimes it jus' works the other way around. Take a real smart guy and he ain't hardly ever a nice fella.”
“His ear heard more than what was said to him, and his slow speech had overtones not of thought, but of understanding beyond thought.” 
“Trouble with mice is you always kill 'em. ”
“Just like heaven. Ever’body wants a little piece of lan’. I read plenty of books out here. Nobody never gets to heaven, and nobody gets no land. It’s just in their head. They’re all the time talkin’ about it, but it’s jus’ in their head.”
“I ain't got no people. I seen the guys that go around on the ranches alone. That ain't no good. They don't have no fun. After a long time they get mean. They get wantin' to fight all the time. . . 'Course Lennie's a God damn nuisance most of the time, but you get used to goin' around with a guy an' you can't get rid of him.”
“George's voice became deeper. He repeated his words rhythmically as though he had said them many times before. 'Guys like us, that work on ranches, are the loneliest guys in the world. They got no family. They don't belong no place. They come to a ranch an' work up a stake, and the first thing you know they're poundin' their tail on some other ranch. They ain't got nothing to look ahead to.”
“Evening of a hot day started the little wind to moving among the leaves. The shade climbed up the hills toward the top. On the sand banks the rabbits sat as quietly as little gray, sculptured stones.”
“In every bit of honest writing in the world, there is a base theme. Try to understand men, if you understand each other you will be kind to each other. KNOWING A MAN WELL NEVER LEADS TO HATE and nearly always leads to love. There are shorter means, many of them. There is writing promoting social change, writing punishing injustice, writing in celebration of heroism, but always that base theme. TRY TO UNDERSTAND EACH OTHER!”

Of Mice and Men - John Steinbeck